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  • La fin programmée des Haras nationaux
  • Louis XIV en était convaincu, qui créa les Haras nationaux. Les temps ont changé... Aujourd'hui, alors que le secteur est largement dominé par le privé, l'Elysée veut accélérer la réforme de cette institution tricentenaire.

    Un nouveau directeur général a été nommé cet été dans ce but. Mais la mutation n'est pas facile. 

    C’est une première. Sous le plafond lambrissé du manège fin XVIIIe du Haras du Pin, le hennissement des chevaux laisse place aux voix de troupe Diva Opéra qui y interpréteront « la bohème ». Mais malgré l’excellente acoustique de cette salle d’opéra improvisée, pas sûr que l’œuvre de Puccini parvienne à couvrir la colère des salariés des Haras nationaux, bien décidés à lutter contre « leur mort annoncée», comme en témoigne la représentation de demain. Organisé à l’initiative du Conseil Générale de l’Orne, cet événement culturel dévoile une nouvelle facette de ce joyau équestre, soucieux de diversifier ses activités.

    Voulu par Louis XIV pour assurer l’abondance et la qualité de ses montures guerrières, le « Versailles du Cheval » a en effet commencé à quitter le giron de l’Etat. Sous l’égide du département normand, une nouvelle vie a débuté pour lui le 4 juillet dernier. Enième épisode – hautement symbolique – de la réforme des Haras nationaux. En 2006, déjà, le nombre de « dépôts d’étalons » avait été ramené de 23 à 19. Et ce n’est pas fini : les pôles hippiques des Blois et Compiègne sont à vendre. D’autres fermetures vont suivre. Car ce patrimoine superbe  et changé d’histoire est aussi, souvent, un gouffre financier et attire peu de repreneurs.

    Fusion prochaine

    Jean Lesne admet avec réalisme que ou la maison se réforme ou elle se meurt.

    Cette réforme des Haras nationaux, cet homme passionné, qui est aussi éleveur, entraîneur et driver de trotteurs, la juge indispensable pour faire passer l’établissement tricentenaire dans le XXIe siècle, lui trouver de nouvelles missions et garantir du travail à son milliers de salariés. Un personnel qualifié dont profite la filière équestre tout entière. Les cavaliers qui suivent une formation spécifique pour l’éducation du jeune cheval au Pin sont recherchés et le pôle équi-ressources, abrité par les haras, rassemble désormais toutes les offres d’emploi du secteur.

    Au printemps, un nouveau pas a été franchi : le regroupement des Haras, au 1er janvier 2010, avec l’Ecole nationale d’équitation (ENE), issue du Cadre noir de Saumur, pour créer un seul établissement public gérant de la filière cheval et de l’équitation, a été entériné. La pertinence de cette décision est contestée par les syndicats, mais saluée par le directeur de l’ENE, Robert d’Artois, qui dit que pour l’école, ce rapprochement est un plus, qu’ils vont pouvoir avoir les meilleurs chevaux grâce à l’activité d’étalonnage des Haras, qui pourront, en outre, proposer une formation comme Saumur. 

     

    Un optimisme que tous ne partagent pas. Malgré les 14.4 millions d’euros investis dans l’achat d’étalons de 2004 à 2008, l’activité d’étalonnage, la base du métier des Haras nationaux, est plus ou moins condamnée. De plus, le nombre de sites va continuer de se réduire comme peau de chagrin. A terme, seuls cinq à dix d’entre eux pourraient subsister. Cela dépendra de la volonté des collectivités régionales de les reprendre en charge. Quant aux 110 stations de monte, ces annexes où s’effectuent, en saison, les saillies (quelque 20000 par an), elles devraient être réduites de moitié.

    Bernard Le Courtois président de l’Association syndicale des étalonniers privés (ASEP) relativise en disant que les stations sont le souvenir d’une époque révolue, quand le déplacement des juments se faisait à pied. De plus, certaines peuvent être fermées et d’autres reprises par des associations d’éleveurs, qui trouvent que cette réforme tarde à se concrétiser. Il n’est pas le seul.

    Cet été, à la surprise générale dans le monde équestre, Nicole Blanc, qui avait été chargée, en mars, d’étudier une nouvelle stratégie pour les Haras, en a été nommée directeur général. Elle est donc invitée à mettre en pratique ses suggestions.

    Peut-être Nicole Blanc a-t-elle une oreille plus attentive aux idées du préfet Jean-François Etienne de Rosaies, le « monsieur Cheval » de l’Elysée, bien décidé à passer la vitesse supérieure.

    Préserver des races menacées

    Ingénieur général du génie rural, des eaux et des forêts, Nicole Blanc a, dans sa poche, une lettre de mission prévoyant la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) qui se chargerait de toutes les missions commerciales des Haras (saillies, réseau de transport de semence réfrigérée), en partenariat avec les éleveurs privés. Déjà, une centaine d’étalons sont exploités en binôme : Christian Baillet, vice président de la Société Hippique Française et premier à avoir signé ce type de partenariat explique qu’ils gèrent la carrière sportive du cheval, les Haras se charge de la vie de l’étalon, La donation des Haras au GIP serait constituée de 200 étalons, des centres techniques et du personnel de fonctionnement rémunéré. La CTG rappelle qu’un détachement ne peut se faire qu’avec l’accord des agents concernés.

    Le nouvel établissement, né de la fusion de l’ENE, gérerait les autres fonctions dont la formation, mais aussi l’étalonnage des races en voie de disparition. En effet, beaucoup dans la filière considèrent aujourd’hui que  la mission initiale et traditionnelle d’étalonnage des Haras a vécu. L’Asep avait d’ailleurs porté le dossier à Bruxelles pour obliger les Haras à relever le prix de leurs saillies. Jean Lesne reconnaît que pour cette activité, ils ne sont plus "dans le coup", et souligne la nécessité de préserver, aux seins des Haras nationaux, un rôle minimal en faveur de races en difficulté, comme les anglo-arabes ou les chevaux de trait. Le directeur du Haras de Pin, Franck Le Mestre confirme qu’il y a un vrai regain de la demande pour le percheron, le cob normand ou le trait breton. Ils ont beaucoup de délégations étrangères intéressées.

    Un secteur spéculatif

    En revanche, les Haras nationaux n’ont plus les moyens d’acquérir des chevaux au palmarès prestigieux pour rester dans la course à la naissance de cracks. Ce secteur, purement spéculatif, est totalement dominé par les Haras privés. C’est vrai pour les chevaux de course et de plus en plus pour ceux de sport ou de loisir. En 1980, les Haras nationaux possédaient 95% des étalons actifs de chevaux de selle français. Aujourd’hui, le rapport est totalement inversé au profit du privé. Bernard Le courtois, qui élève des chevaux de selle français de concours, martèle que ce n’est pas le rôle de l’Etat d’entretenir des étalons. Un point de vue que Nicolas Blanc semble partager, faisant récemment remarquer dans une réunion de travail que l’Etat n’entretenait pas de taureaux.

    Problème : l’activité d’étalonnage est une source indispensable de revenus pour les Haras. Pendant longtemps, ces derniers ont vécu confortablement en percevant 0.7% des recettes du PMU. Cette époque est révolue. Le gouvernement Jospin y a mis fin et, désormais, les Haras vivent d’une subvention de l’Etat (40 millions d’euros en 2008), à laquelle s’ajoutent les recettes (24.6% millions d’euros en 2008), tirées des visites (400000 personnes accueillies l’an dernier), des saillies, du Sire (système d’informations relatives aux équidés) vivant en France, ou du transport de semences.

    Les exploits de Workaholic

    La monte reste la première source de revenus. Pour le seul établissement normand, le chiffre d’affaires est de l’ordre de 400000 euros par an, pour 700 saillies. Ce sont celles des pur-sang qui rapportent le plus, entre 1000 et 2500 euros la monte, mais elles sont les plus rares, fautes d’étalons performantes. Emmanuel Leclerc, ancien élève de l’école des Haras, a la tête de l’élevage de trotteurs français Madrik, à Exme, dans l’Osne, évoque avec nostalgie qu’à l’époque, il y avait 80 étalons dans l’écurie du Pin et le seul Workaholic ramenait chaque année de 4 à 5 millions de francs. Ce cheval acheté 11 millions de francs en 1989, est aujourd’hui à la retraite au pin, après avoir honoré 1471 pouliches jusqu’en 2003.

    Jacques Chantier, directeur du Cheval français renchérit en disant que depuis une quinzaine d’année, le privé s’est substitué au public, mais est-ce bien le rôle de l’Etat d’être acteur sur un marché où le privé dicte la loi ? De plus autrefois, les Haras nationaux contribuaient à forger le caractère d’une race. Désormais, il y a des modes et les courants de sans sont américanisés.

     

    De plus, lorsqu’un nouveau crack émerge, il fait l’objet d’une telle spéculation qu’il devient un véritable produit financier, un business dans lequel, de l’avis de tous, les Haras nationaux n’ont pas leur place.     

    Source : Les Echos -    

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